STU/72e Conseil/26/011
13 octobre 2026
Chers collègues, Vous trouverez ci-dessous l’intervention orale prononcée par M. Simone Grego, Président du STU, le 13 octobre 2026 devant la Commission FA de la 225e session du Conseil exécutif de l'UNESCO.
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Représentant du Directeur général,
Chers collègues,
Madame la Présidente, je vous remercie de donner la parole au Syndicat du personnel de l’UNESCO (STU).
Au cours des deux dernières décennies, l’UNESCO a dû fonctionner dans un environnement financier de plus en plus contraint. Si son budget ordinaire est resté globalement inchangé en valeur nominale, l’inflation en a progressivement érodé le pouvoir d’achat.
Ces contraintes financières se sont accompagnées d’une réduction des postes établis et du non-renouvellement de nombreux contrats temporaires. Malheureusement, les réductions d’effectifs ne se sont pas nécessairement traduites par une diminution équivalente des objectifs de l’Organisation. Les responsabilités ont été redistribuées entre les collègues restants, alourdissant ainsi une charge de travail déjà importante.
Les conséquences de cette situation ressortent clairement de l’enquête sur la santé menée à l’échelle du système des Nations Unies en 2021 et de l’enquête de l’UNESCO sur l’engagement du personnel menée en 2024 : des niveaux de stress exceptionnellement élevés, des horaires de travail dépassant le seuil considéré comme critique par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ainsi qu’un recul de l’engagement du personnel. Autant de signaux d’alerte révélant une Organisation dont les ambitions dépassent les ressources dont elle dispose pour les concrétiser.
Mesdames et Messieurs les délégués,
Le STU salue l’ambition d’UNESCO80 de rendre l’Organisation plus cohérente, plus efficace et plus résiliente. Toutefois, une réforme ne peut réussir en se limitant à réorganiser les secteurs ou à réduire les coûts. Elle doit également s’attaquer au fossé grandissant entre les objectifs de l’Organisation et les ressources, tant humaines que financières, dont elle dispose pour les atteindre.
Cela suppose un budget ordinaire à la hauteur des ambitions de l’Organisation et, parallèlement, une planification des effectifs permettant d’adapter les niveaux de personnel et les compétences aux priorités des programmes, tout en veillant à ce que toute réduction des ressources s’accompagne d’un ajustement des résultats attendus.
Surtout, la réforme doit être conçue avec le personnel de l’UNESCO. Son expérience opérationnelle peut en effet contribuer à identifier les risques et à éviter des erreurs coûteuses. C’est pourquoi le STU se félicite du dialogue instauré par le Directeur général et l’Administration et se tient prêt à poursuivre son engagement avec détermination et dans un esprit constructif.
Mais la réussite d’une réforme exige également quelque chose de plus fondamental : le personnel doit pouvoir avoir confiance dans la transparence, l’équité et la responsabilité de l’Organisation qui l’emploie.
À cet égard, le STU se félicite du dernier rapport du Conseil d’appel et de la transparence accrue qu’il apporte concernant le système de justice interne de l’UNESCO. Nous soutenons ses recommandations et réitérons également notre demande de longue date en faveur de la création d’un poste de médiateur indépendant et d’un poste de conseiller du personnel, afin d’offrir aux collègues un accompagnement accessible et confidentiel, ainsi que des possibilités de résoudre les difficultés rencontrées sur le lieu de travail avant qu’elles ne s’aggravent.
Cela nous amène à la question du bien-être. Les conclusions alarmantes de nos enquêtes auprès du personnel exigent une réponse institutionnelle sérieuse, notamment en ce qui concerne la mise en place d’une Caisse d’assurance maladie financièrement viable, doté d’une gouvernance appropriée et répondant aux besoins du personnel. Nous souhaiterions également voir augmenter les investissements consacrés à la Crèche et au Club pour enfants de l’UNESCO, ainsi qu’à la mise en œuvre de la Stratégie sur la santé mentale et le bien-être à l’échelle du système des Nations Unies, mise à l’honneur vendredi dernier.
Excellences,
L’importance de l’équité et de la responsabilité apparaît particulièrement clairement dans les procédures de recrutement.
Le STU a examiné attentivement le rapport de la Commissaire aux comptes, qui ne fournit que des informations quantitatives limitées. Tout en saluant cet examen indépendant, le STU regrette que la version intégrale du rapport, même expurgée des informations sensibles et anonymisée, n’ait pas été mise à disposition.
Malgré l’absence d’informations détaillées, on peut affirmer sans risque que le rapport de synthèse recense une série de problèmes que le STU signale depuis plusieurs années.
De l’avis du STU, un renforcement du contrôle indépendant constituerait une première étape appropriée pour commencer à remédier à ces problèmes. Nous demandons donc que le mandat du Comité d’examen des nominations soit renforcé et étendu à l’ensemble des procédures de recrutement, y compris aux nominations aux postes de Chef de Bureau et de Directeur. Plus les responsabilités de direction sont importantes, plus les conséquences institutionnelles potentielles des insuffisances en matière de recrutement sont considérables.
Derrière ces constatations de l’audit se trouve une réalité humaine qu’il ne faut pas négliger.
Une procédure de recrutement non conforme ne se résume pas à un dossier d’audit incomplet ou à une faiblesse procédurale. Derrière chaque décision de recrutement, il y a des collègues qui ont investi du temps, des efforts et des espoirs dans la perspective de faire progresser leur carrière. Lorsque les règles ne sont pas appliquées de manière équitable, cela laisse un sentiment durable d’injustice et ébranle la confiance des collègues dans l’Organisation.
Comme nous avons pu le constater, lorsque la confiance est rompue, les conséquences sont graves, tant pour les personnes concernées que pour l’Organisation dans son ensemble.
Dans cette perspective, le STU se félicite de l’engagement de l’Administration à mettre en œuvre l’ensemble des recommandations du Commissaire aux comptes et soutient fermement la demande visant à allouer les ressources nécessaires à cette mise en œuvre.
Dans le même temps, nous estimons qu’il est de notre responsabilité, en tant qu’association du personnel, de faire part au Conseil exécutif des nombreuses et profondes préoccupations exprimées par le personnel au sujet des conclusions de cet audit. Nous sommes convaincus que, lors de la mise en œuvre des recommandations, ces conclusions recevront toute l’attention qu’elles méritent, conformément à l’importance renouvelée accordée à la responsabilité et à la transparence dans le cadre d’UNESCO80.
Excellences,
Pour conclure, les réformes qui nous sont soumises doivent, en définitive, être évaluées à l’aune de leur capacité à renforcer l’UNESCO, non seulement en tant qu’institution, mais aussi en tant qu’employeur.
Les préoccupations soulevées lors de cette session du Conseil exécutif et celles exposées dans les addenda du STU sont étroitement liées. Elles portent sur la capacité de l’Organisation à planifier de manière responsable, à assurer une gestion équitable, à garantir la responsabilité, à protéger son personnel et à préserver la confiance de celui-ci.
Au cours de la dernière décennie, le personnel de l’UNESCO a fait preuve d’un engagement exceptionnel dans des conditions difficiles. Protéger ce personnel, l’écouter et investir en lui ne sont pas des obstacles à la réforme.
Ce sont des conditions indispensables à sa réussite.
Merci.