STU/72e Conseil/26/007
15 avril 2026
Chers collègues, Vous trouverez ci-dessous l’intervention orale prononcée par M. Simone Grego, Président du STU, le 15 avril 2026 devant la Commission FA de la 224e session du Conseil exécutif de l'UNESCO.
Merci, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Délégués, ADG/ADM, chers collègues,
Nous nous réunissons aujourd’hui dans un contexte de profonde incertitude mondiale.
Partout dans le monde, nous assistons à des conflits et à une montée des tensions, les inégalités s’aggravent, aucun des 17 ODD n’étant actuellement en voie d’être atteint d’ici 2030. Parallèlement, nous assistons à une crise du multilatéralisme lui-même. A un moment où la coopération internationale est essentielle, elle est trop souvent remise en question et affaiblie.
Dans un tel contexte, la mission de l'UNESCO est plus pertinente que jamais. Construire la paix dans l'esprit des femmes et des hommes n'est pas un principe abstrait. C'est une nécessité.
Et pourtant, alors même que ce mandat est plus que jamais nécessaire, les ressources nécessaires à sa mise en œuvre s’amenuisent.
L’OCDE a révélé il y a quelques jours que l’aide publique au développement (APD) était en forte baisse, ce qui touche particulièrement l’aide bilatérale et le financement des Nations Unies. À l’UNESCO, cela se traduit par une diminution des ressources financières, notamment par des pressions sur le budget du programme ordinaire, ce budget même qui assure le fonctionnement essentiel de l’Organisation et soutient le personnel chargé de mettre en œuvre son mandat.
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Le STU attend avec impatience les délibérations de ce Conseil exécutif. Nous sommes convaincus que des ressources suffisantes seront allouées à l'autonomisation et au bien-être du personnel de l'UNESCO.
Car le personnel n'est pas un coût. Nous sommes l’atout le plus précieux de l'UNESCO.
Aujourd'hui, cet atout est mis à rude épreuve.
Permettez-moi de vous présenter quelques faits tirés du récent rapport du CCI sur l'UNESCO et de la dernière enquête sur l'engagement du personnel.
Ce qui ressort n'est pas une série de problèmes isolés, mais une tendance à la détérioration au sein d'une Organisation où la gestion des ressources humaines ne suscite pas le niveau de confiance qu'elle devrait.
Les processus de recrutement manquent de transparence et de cohérence ; la responsabilité dans la prise de décision est limitée et les critères de classification sont perçus comme opaques. Les performances restent déconnectées de l'évolution de carrière et de la formation. Le bien-être du personnel est menacé : des charges de travail irréalistes, de longues heures de travail et une incertitude persistante quant à la mobilité ne sont pas viables à long terme, et ce "long terme" est déjà largement dépassé.
La confiance nécessaire pour s'exprimer ouvertement reste fragile : trop de collègues hésitent encore à signaler des cas de mauvaise conduite par crainte de représailles, et il est courant qu'ils hésitent à adhérer aux associations du personnel.
Les perspectives de carrière sont limitées, ce qui affecte la motivation et l'engagement.
De plus, le recours croissant à du personnel affilié pour assurer des fonctions essentielles est en train de créer une force de travail à deux vitesses, ce qui soulève des questions quant à l'équité, la responsabilité, ainsi qu'à la mémoire institutionnelle et à la continuité.
Enfin, quelques mots sur la justice interne, où les mécanismes existants sont trop lents. Comme l'a déclaré l'inspecteur du CCI il y a quelques jours : une justice retardée est une justice bafouée.
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Ces questions nous amènent à un message simple mais essentiel :
Le personnel ne peut pas continuer à en faire plus avec moins de moyens.
Nous agissons ainsi depuis plus d’une décennie : depuis 2012, au gré des crises successives, des réformes et d’un budget du Programme ordinaire en stagnation.
Il y a une limite.
Alors que l'UNESCO s'engage dans une transformation majeure avec le programme UNESCO80, c'est une occasion unique de faire les choses différemment et de s'attaquer aux problèmes systémiques. Le STU est prêt à contribuer de manière constructive à ce processus.
Pour que cette transformation soit couronnée de succès, le personnel ne doit pas être relégué au second plan : il doit en être au cœur. Sa voix, son expérience, son expertise et son engagement sont essentiels pour façonner une Organisation plus forte et plus efficace.
C'est pourquoi le STU se félicite des discours d'ouverture prononcés lundi et des interventions d’aujourd’hui, qui ont souligné l'importance d'engager un dialogue structuré avec les associations du personnel et du bien -être du personnel.
Nous attendons avec impatience les actions qui suivront ces déclarations car, pour que l'UNESCO réponde mieux aux besoins, il faut investir non seulement dans son financement de base, mais aussi dans son personnel.
Cela implique de soutenir le personnel et le développement de carrière, notamment par le biais de programmes de mobilité clairs et prévisibles. Cela implique également de renforcer les processus de recrutement, notamment les promotions basées sur le mérite, ainsi que de développer les dispositifs de bien-être et d’améliorer la Caisse d’assurance maladie.
Les réformes ne doivent pas entraîner une multiplication de la charge de travail, comme cela s'est produit par le passé.
Excellences,
La journée d’aujourd’hui offre une occasion unique de manifester notre volonté de changement. Pour le personnel recruté localement, qui constitue le pilier de notre Organisation, ce moment revêt une importance particulière. Alors que vous vous apprêtez à statuer sur les allocations du personnel G à Paris, nous espérons que vous approuverez la proposition de l’Administration, qui s’inscrit pleinement dans la méthodologie établie.
Avant de conclure, Madame la Présidente, je tiens à exprimer la profonde solidarité du STU envers nos collègues de l’UNESCO qui travaillent dans des zones touchées par des conflits. Ces collègues continuent d’accomplir leur mission dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses. Leur dévouement nous rappelle à tous avec force ce que représente cette Organisation.
Merci.